Le Maître de Marguerite d'Orléans

Probablement formé à Paris, l’artiste a séjourné à Bourges où il a reçu vers 1420 ses deux premières commandes connues : un exemplaire des Grandes Chroniques de France commandé par un jeune Charles VII (Paris, Bibliothèque nationale de France, ms. fr. 2605), et un Des cas des nobles hommes et femmes de Boccace, ayant appartenu à l’amiral Pringent de Coëtivy (Chantilly, Musée Condé, ms. 858). Toujours à Bourges, il a réalisé les illustrations d’un Livre des secrets de l’histoire naturelle dont le colophon indique qu’il appartenait en 1428 à un marchand de cette ville (Paris, Bibliothèque nationale de France, ms. fr. 1377-1379), ainsi qu’un livre d’heures aujourd’hui conservé à Valence, complété plus tard par un artiste maladroit (Valence, bibliothèque municipale, ms. 32). On le trouve installé à Rennes vers 1430, moment où il réalise les Heures de Marguerite d’Orléans (Paris, Bibliothèque nationale de France, ms. lat. 1156B). Pendant sa phase de maturité, que l’on peut dater entre 1440 et 1450, il semble s’installer à Poitiers, comme le suggèrent deux livres d’heures à l’usage de cette ville (Rome, Bibliothèque Vaticane, ms. Ross. 119 ; Paris, Bibliothèque nationale de France, ms. Rothschild 2534) complétés postérieurement par le Maître d’Adelaïde de Savoie, enlumineur poitevin. À cette phase de maturité, entre Poitiers et Angers, reviennent aussi les trois œuvres les plus tardives attribuées à l’artiste, les Heures de Marie de Rieux, manuscrit aujourd’hui dispersé entre Tours, Paris, Edimbourg et New York, certaines peintures des Heures de Marie de Belleville (Austin, University Library, HRC, ms. 8) et les Grandes Chroniques de France de Châteauroux (Bibliothèque municipale, ms. 5). Son langage extrêmement expressif, à l’écriture incisive et à la palette émaillé font de lui un des plus grands enlumineurs du début du siècle ; il semble avoir un répertoire inépuisable de modèles, qu’il doit aux Maître de Boucicaut, de Rohan et des frères Limbourg, dont l’artiste se sert pour créer des véritables microcosmes, tels que les bordures du livre d’heures de Marguerite d’Orléans.

Bibliographie

 

J. Porcher, L’enluminure française, Paris, 1959, p. 68.

J. Plummer avec la collaboration de G. Clark,The Last Flowering: French Painting in Manuscripts, 1420-1530 : from American Collections, New York, 1982.

E. König, Buchmalerei um 1450. Der Jouvenel-Maler, der Maler des Genfer Boccaccio und die Anfänge Jean Fouquets, Berlin, 1982.

A. Hedeman, The Royal Image: Illustrations of the Grandes Chroniques de France, 1274-1422, Berkeley, 1991.

E. König, Les Heures de Marguerite d’Orléans, Paris, 1991.

 

F. Avril, N. Reynaud, Les manuscrits à peintures en France, 1420-1520, Paris, 1993.

E. König, Das Provost-Stundenbuch. Der Meister der Marguerite d’Orléans und die Buchmalerei in Angers, Ramsen und Rotthalmünster, 2002.

 

C. Seidel, « Der Meister der Marguerite d’Orléans und Bourges in der ersten Hälfte des 15. Jahrhunderts», dans Das Stundenbuch der Margarete von Orléans. Kommentar zur Faksimile-Edition, éd. E. König, Lucerne, 2013, p. 137-166.


C. Seidel, « Un livre d’heures berruyer inédit du milieu du XVe siècle », Art de l’enluminure, 48, 2014, p. 2-26.

 

C. Seidel, Zwischen Tradition und Innovation: die Anfänge des Buchmalers Jean Colombe und die Kunst in Bourges zur Zeit Karls VII. von Frankreich, Simbach am Inn, 2017.

M. Castaño, « Le Maître du Roman de la Rose de Vienne et sa clientèle à Bourges », dans Peindre à Bourges aux XVe et XVIe siècles, éd. F. Elsig, Milan, Silvana Editoriale, 2018, p. 48-57.

Maître de Marguerite d'Orléans, Heures à l'usage de Rome, vers 1425. Valence, Bibliothèque municipale, ms. 32, fol. 233.

Rédigé par Mireia Castaño 
Mireia.Castanomartinez@unige.ch

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