Antoine de Lonhy

Antoine de Lonhy apparaît dans les archives comme peintre-verrier travaillant au service de Nicolas Rolin au château d’Authumes en 1446. Il exécute en 1449 le frontispice d’une Mappemonde spirituelle rédigée par l’évêque Jean Germain. On repère sa trace entre 1454 et 1461 à Toulouse, au service de l’évêque Bernard de Rosier, puis à Barcelone où il est documenté entre 1460 et 1462 en rapport avec le brodeur Antonio Sadurni. Sa carrière trouve son achèvement dans le duché de Savoie où il enlumine une oeuvre phare, Les Heures de Saluces (Londres, British Library, Add. 27697, v. 1465) ainsi que la Trinité dite de Turin (Turin, Museo Civico, v. 1465-1470). Suite à une intuition de Charles Sterling, Giovanni Romano et François Avril tracent le parcours du peintre grâce à un travail de connoisseurship soutenu par des preuves documentaires. Son corpus reflète une carrière dynamique et itinérante. La Mappemonde spirituelle (Lyon, Bibliothèque municipale, ms. PA 32) témoigne de son activité bourguignonne alors que nombre d’enluminures attestent son séjour toulousain, notamment le Semita recta ad Montem salutis de Lorenzo Traversagni (Paris, Bibliothèque national de France, ms. lat. 3231, 1460) et les Sermons de saint Vincent Ferrier (Toulouse, Bibliothèque municipale, ms. 345, 1460). A Barcelone, Antoine de Lonhy exécute un retable pour les Augustins de Domus Dei à Miralles (Barcelone, Museu Nacional d’Art de Catalunya, v.1460-1462) et un vitrail du Couronnement de la Vierge pour l’église Santa Maria del Mar. Son langage se trouve façonné par les grands modèles de l’ars nova et se distingue par un maniement subtil du pinceau définissant le modelé des personnages par un jeu de fines stries verticales ainsi qu’une science du drapé et des morphologies qui lui sont propres. Le parcours d’Antoine de Lonhy exemplifie le dynamisme des foyers artistiques au XVe siècle et le rôle primordial que jouent les réseaux économiques et ecclésiastiques dans la circulation de talents.

Bibliographie

 

C. Sterling, « Etudes savoyardes. II. Le Maître de la Trinité de Turin », L’Oeil, 215,  Paris, 1972, p. 14-27.

 

C. Gardet, Les Heures d'Aimée de Saluces, vicomtesse de Polignac, et de Catherine d'Urfé sa fille. Aspects internationaux et évolution dans la peinture des états de Savoie au XVe  siècle, Annecy, 1985.

F. Avril, « Le Maître des Heures de Saluces, Antoine de Lonhy », Revue de l'art, vol. 85, 1,‎ 1989, p. 9-34.

G. Romano et C. Piot, « Sur Antoine de Lonhy en Piémont », Revue de l'Art, vol. 85, 1,‎ 1989, p. 35-44.

 

G. Romano, « Da Giacomo Pitterio ad Antoine de Lonhy », dans Primitivi piemontesi nei musei di Torino, éd. G. Romano, Turin, 1996, p. 111-209.

 

F. Avril et N. Reynaud, Les manuscrits à peintures en France 1440-1520, Paris, 1993, p. 196.

P. Lorentz, « Une commande du chancelier Nicolas Rolin au peintre Antoine de Lonhy, 1446 : la vitrerie du château d’Authumes », Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français, 1994, p. 9-13.

F. Elsig, La peinture en France au XV  siècle, Milan, 2004, p. 35-36.

P. Lorentz, « Une oeuvre retrouvée d'Antoine de Lonhy et le séjour à Toulouse du peintre bourguignon », Revue de l'art, vol. 147, 1, 2005, p. 9-27.

Corti e città. Arte del Quattrocento nelle Alpi occidentali, catalogue d'exposition (Turin, Palazzina della Promotrice delle Belle Arti,

7 février - 14 mai 2006), éd. E. Castelnuovo,

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F. Avril, « Un nouveau témoignage de l’activité toulousaine d’Antoine de Lonhy », Per Giovanni Romano. Scritti di amici, éd. G. Agosti, G. Dardanello, G. Galante Garrone

et A. Quazza, Savigliano, 2009, p. 10-11.

 

G. Saroni, « Intorno a un Libro d’Ore di Antoine de Lonhy giovane », Palazzo Madama. Studi e notizie, 1, Turin, 2010,

p. 10-23.

 

F. Elsig, « Itinéraire artistique et polyvalence technique: le cas d'Antoine de Lonhy », 

Re-Inventing Traditions. On the Transmission of Artistic Patterns in Late Medieval Manuscript Illumination, éd. J. C. Heyder et C. Seidel, Francfort, 2015,

p. 219-229.


F. Elsig, La peinture dans le duché de Savoie à la fin du Moyen Age (1416 - 1536), Milan, 2016, p. 87-102.

F. Elsig, Antoine de Lonhy, Milan, 2018.

M. Castaño, « Frédéric Elsig, Antoine de Lonhy », Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, 81, 2019, 1, p. 231-234.

Antoine de Lonhy, Sermons de saint Vincent Ferrier, v. 1465.

Bois, 106 x 41.5 cm. Paris, musée de Cluny.

Rédigé par Hiba Mojabber
hiba.mojabber@unige.ch

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